Le 17 octobre 2015 par Louis Germain

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Action de sensibilisation d'Oxfam International sur les effets des changements climatiques pour les plus pauvres, Afrique du Sud, novembre 2011, (Ainhoa Goma/Oxfam/CC).

Le Groupe d’experts intergouvernemental sur le climat (GIEC) va changer d’échelle. Son nouveau patron, le Coréen Hoesung Lee, veut en effet régionaliser son approche en direction des pays les plus vulnérables au réchauffement climatique, travailler davantage sur la prévention et les solutions mais aussi mieux communiquer.

 

« Mieux comprendre les conséquences du changement climatique à l’échelle régionale, spécialement dans les pays en développement » : telle est l’orientation majeure que veut donner au GIEC, l’économiste du climat et de l’énergie Hoesung Lee[1]. Premier économiste à prendre la tête du GIEC depuis sa création en 1988, il a expliqué lors de son passage à Paris le 15 octobre qu’il fallait mieux informer sur « les choix possibles permettant de prévenir le changement climatique et de s’y adapter ».

 

Pour communiquer de façon plus compréhensible[2] sur les travaux à venir et développer l’égalité hommes-femmes au sein du GIEC, il compte sur la climatologue française Valérie Masson-Delmotte. Celle-ci vient d’être élue co-présidente du groupe 1 dont le rôle est « d’étudier et d’estimer scientifiquement les causes et les évolutions du changement climatique ». Des ateliers régionaux vont être organisés dans les prochaines années et Hoesung Lee souhaite que davantage de scientifiques issus des pays en développement collaborent avec le GIEC.

 

Donner un vrai prix au carbone

 

Si la connaissance de la « machine climatique » reste prioritaire, le président fraîchement élu du GIEC considère que les problèmes liés au réchauffement sont désormais bien identifiés et qu’il faut étudier de plus près « les conséquences et les solutions d’atténuation et d’adaptation dans une approche intégrée ». Des rapports thématiques (océans, désertification, sécurité alimentaire, biodiversité) ou consacrés spécialement à une région pourraient aussi être publiés avant le 6ème rapport général d’expertise prévu dans cinq ans. A condition que les financements suivent.

 

Interrogé sur ce qu’il attendait de la COP21 (la 21ème Conférence des parties à la Convention sur le climat des Nations unies) qui réunira 195 pays à Paris en décembre, Hoesung Lee a insisté à plusieurs reprises sur la « neutralité » du GIEC vis-à-vis des politiques, ajoutant tout de même que si les négociateurs de la COP basaient leurs décisions sur les conclusions du GIEC, « celles-ci seront bonnes ». La plus importante étant, à ses yeux, de donner un vrai prix au carbone.

 

Qu’on ne s’attende donc pas à voir ce président taper du poing sur la table et réveiller les politiques, dont les ambitions sont d’ores et déjà jugées insuffisantes pour espérer maintenir le réchauffement planétaire sous la barre des 3 degrés Celsius et non plus des 2 degrés incantatoires de la COP, où la communauté scientifique est d’ailleurs absente. Mais l’évolution impulsée par le nouveau président du GIEC pourrait lui permettre aussi de s’attaquer à des sujets (telle l’adaptation au réchauffement) laissés aux politiques et aux autorités locales, accrochés en priorité à leur réélection dans les démocraties ou à leur maintien au pouvoir dans les régimes autoritaires.

 

Valérie Masson-Delmotte sur les traces de Jean Jouzel

 

Directrice de recherche au LSCE (Laboratoire des sciences du climat et de l’environnement), la paléo-climatologue française Valérie Masson-Delmotte[3] est devenue le 7 octobre co-présidente du groupe du GIEC chargé des éléments scientifiques pour l’analyse du changement climatique en compagnie du Chinois Panmao Zhai (China Academy of Meteorological Sciences).

 

Elle succède ainsi, au même poste, au glaciologue et paléo-climatologue Jean Jouzel, toujours très impliqué pour expliquer les enjeux de la COP 21, censée déboucher sur un accord permettant de limiter le réchauffement planétaire. C’est d’ailleurs à la suite d’une rencontre avec Jean Jouzel en 1995 qu’elle est entrée au LSCE. En 2010, elle a succédé au même Jean Jouzel à la tête du groupe d’études du LSCE sur la dynamique et les archives du climat. Ses recherches portent notamment sur l’évolution du climat à travers la reconstitution des changements climatiques, que ce soit à partir des glaces polaires ou des cernes des arbres. Valérie Masson-Delmotte a contribué aux deux derniers rapports du GIEC depuis 2007. Elle était coordinatrice du pôle « climats du passé » pour le 5ème rapport, publié en 2014.

 

En mars dernier, la chercheuse avait expliqué au Journal de l’énergie pourquoi le réchauffement de l’atmosphère semblait avoir ralenti, même si l’année 2015 s’annonce – après plusieurs autres récentes – comme l’année la plus chaude jamais enregistrée : « Le réchauffement, disait-elle, c’est (un peu) le réchauffement de l’atmosphère, un peu (plus) le réchauffement des sols et la fonte des glaces mais d’abord l’énergie toujours plus grande accumulée dans les océans ». Ce qu’elle chiffrait ainsi : « 1 % pour le réchauffement de l’atmosphère, 3 % le réchauffement des sols, 3 % la fonte des glaces et 93 % le réchauffement des océans, où l’énergie thermique continue à s’accumuler de façon constante. » Pour Jean Jouzel, qui se retire du GIEC, Valérie Masson-Delmotte est « une scientifique de très haut niveau dont la connaissance est très large sur tout ce qui touche à l’évolution du climat » et dont il apprécie l’engagement.

 

 

 


 

 

 

[1] Le professeur Lee a pris le 6 octobre la succession de l’énergéticien indien Rajendra Pachauri, démissionnaire en février à la suite d’une plainte pour harcèlement sexuel. L’économiste a été élu par 78 voix contre 56 au climatologue belge Jean-Pascal Van Ypersele qui voulait « mettre la science du climat au service de la communauté internationale ».  L’autre grand challenger était le climatologue et glaciologue suisse Thomas Stocker.

 

[2] Un groupe de chercheurs de divers instituts et universités européens vient de souligner le caractère « inintelligible » du langage employé dans les rapports de synthèse du GIEC, dans une étude publiée dans Nature Climate Change. « La nécessité d’une communication plus efficace pour un public non scientifique a été identifiée depuis longtemps comme un défi crucial pour le GIEC », écrivent les chercheurs selon lesquels « une nette amélioration est possible ».

 

[3] Née en 1971, centralienne, docteur ès sciences, Valérie Masson-Delmotte a reçu le prix Irène Joliot-Curie et a été élue en 2013 « femme scientifique de l’année ». Outre quelque 90 publications scientifiques, elle est l’auteur de plusieurs ouvrages sur la question climatique dont certains à destination du grand public, notamment pour sensibiliser les enfants. Son dernier livre « Pa​rlons climat en 30 questions » co-écrit avec le climatologue Christophe Cassou a paru en 2015.