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"Sweltering", août 2013 (Spinster Cardigan /Flickr/CC).

EDF peut souffler : la récente vague de chaleur s’est arrêtée à temps, même si on ignore le comportement à venir du thermomètre dans les prochaines semaines. Si la canicule avait persisté, EDF avait de fortes chances d’être à nouveau pris de court, comme lors des canicules de 2003 et 2006. Lors de la vague de chaleur du 30 juin au 7 juillet dernier, l’électricien a demandé aux pouvoirs publics l’autorisation pour ses centrales nucléaires de rejeter des eaux plus chaudes que celles prévues par la loi. La centrale nucléaire du Bugey (Ain) a dû diminuer sa production pour ne pas dépasser les limites légales de température de ces rejets.

 

EDF s’est préparé à rejeter une eau plus chaude que la loi l’autorise

 

 

Lors de la vague de chaleur de la semaine dernière, EDF a déposé une demande de dérogation pour que ses centrales nucléaires puissent rejeter des eaux à une température supérieure à celle prévue par la réglementation. Les centrales nucléaires sont des centrales thermiques qui produisent de l’électricité à partir de la chaleur issue des fissions dans le combustible nucléaire. Ces installations ont besoin de quantités importantes d’eau pour refroidir leur circuit de vapeur, c’est pourquoi elles se situent toutes en bord de mer ou de cours d’eau. Afin de protéger les milieux naturels, la température de l’eau rejetée par les centrales est limitée à un certain niveau pour chaque centrale.

 

Cette demande de dérogation « avait un caractère global pour les sites pouvant être concernés par une situation météorologique extrême : vallée du Rhône, Garonne… », a expliqué un porte-parole d’EDF au Journal de l’énergie. L’éventualité que la canicule s’installe sur le long-terme, comme en août 2003, a conduit EDF à faire cette demande auprès de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN). Cette dérogation ne peut être accordée que « du fait d’une situation exceptionnelle » et parce que le fonctionnement d’une installation nucléaire « constitue une nécessité publique », prescrit l’article 25-II du décret du 2 novembre 2007. La dérogation était en cours d’instruction cette semaine puis a été annulée par EDF, compte-tenu des prévisions de Météo France, qui ne montraient pas un retour de la vague de chaleur après le 7 juillet.

 

 

Les fortes températures obligent la centrale du Bugey à lever le pied

 

 

Afin de ne pas rejeter des eaux trop chaudes dans le Rhône, EDF a diminué la production d’électricité à Bugey lors du week-end du 4 et 5 juillet. L’ASN a inspecté la centrale cette semaine pour vérifier que les dispositions liées à la canicule étaient bien appliquées par l’électricien, une lettre d’inspection va suivre. De son côté, EDF indique pouvoir être « amené à réaliser des baisses de charges sur certaines centrales pour respecter les seuils et les débits réglementaires », ceci afin de contenir l’augmentation de la température des cours d’eau qui servent à refroidir les centrales électriques. A cette occasion, EDF peut augmenter la production d’électricité « sur les sites moins sensibles à l’élévation de la température des cours d’eau » explique l’ASN. Il s’agit par exemple des centrales nucléaires en bord de mer, où les rejets d’eau chaude ont un pouvoir réchauffant inférieur à celui dans les cours d’eau. A cause des fortes températures, EDF avait prévu du 2 au 6 juillet des baisses de production dans les centrales nucléaires de Saint-Alban (Isère), de Golfech (Tarn-et-Garonne) et de Bugey (Ain). Mais c’est seulement à Bugey que la production a été effectivement réduite.

 

 

EDF été pris de court lors des canicules de 2003 et de 2006

 

 

Les canicules de 2003 et 2006 avaient conduit EDF à arrêter précipitamment des réacteurs nucléaires et à importer de l’électricité de l’étranger. Lors des deux vagues de chaleur, le gouvernement avait pris des arrêtés autorisant EDF à rejeter des eaux plus chaudes qu’en temps normal. Par ailleurs, en août 2003, le réacteur n°1 de Fessenheim (Haut-Rhin) avait dû être arrosé par des brumisateurs pour éviter que la température n’atteigne 50 °C dans le bâtiment abritant le cœur nucléaire, ce qui aurait entraîné son arrêt. EDF relève dans un courrier interne de juillet 2014, que lors des étés 2002, 2003 et 2006, « certaines températures extérieures » ont été supérieures aux températures prévues à la conception de près de 50 % des réacteurs nucléaires français.

 

 

Le nucléaire peut-il s’adapter au changement climatique ?

 

 

Face au changement climatique, les centrales nucléaires n’ont pas fini d’éprouver des difficultés pour produire de l’électricité. Au cours des trente dernières années, la fréquence et l’intensité des vagues de chaleur ont augmenté en France, indique Météo France. Les épisodes de fortes chaleurs ont été ainsi deux fois plus nombreux entre 1981 et 2014 qu’entre 1947 et 1980, à durée équivalente. Et ce n’est pas fini, puisqu’il y a trois chances sur quatre que le nombre de jours de vagues de chaleur en France au XXIe siècle augmente au moins de 5 à 10 jours dans le sud-est (où il y a 14 réacteurs nucléaires) et de 0 à 5 ailleurs à l’horizon 2021-2050, selon un rapport du climatologue Jean Jouzel1.

 

Depuis plusieurs années, EDF met en place avec l’ASN et l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN), un plan d’actions baptisé « Grand Chaud » qui vise à prendre en compte les canicules précédentes. Force est de constater que treize ans après la canicule de 2003, les pics de chaleur contraignent toujours EDF à diminuer la puissance des réacteurs ou à envisager de déverser une eau trop chaude dans les milieux naturels, au détriment de la flore et de la faune.

 
 


  1. Le climat de la France au 21è siècle, dirigé par Jean Jouzel, volume 4, 2014. http://www.developpement-durable.gouv.fr/Le-climat-de-la-France-au-21e.html []